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31 mai 2014

David O. Selznick - Mémos Marlene Dietrich





Quittons Autant en emporte le vent mais pas les mémos de David O. Selznick. Il produit pour sa société Le Jardin d'Allah avec Marlène Dietrich et Charles Boyer; Deux mémos savoureux.

  27 août 1935

A Gregory Ratoff (ami de Marlène Dietrich)

Cher Gregory,

...Pour ce qui est de Marlène, je suis ravi qu'elle veuille travailler avec moi mais, si vous voulez aller au fond des choses, et je sais que vous le ferez, ne serait-ce que pour ma satisfaction (sic), il vous faudra convaincre Marlène de certains faits dont je crains qu'elle ne se rende pas compte à présent. N'importe quel directeur artistique vous dira , et le lui dira s'il est franc, qu'on lui a tellement nui qu'elle n'est plus une vedette cotée au box office. Personne n'est assez important pour pouvoir survivre à la série absolument épouvantable des films que Marlène a tournés. Il faut donc qu 'elle comprenne les choses suivantes:

1- L'engager pour un seul film serait folie de ma part, car, si je réussissais à lui faire faire un bon film, je paierais les pots cassés pour ceux qu'elle a tournés ces deux dernières années, et le bénéfice de ce bon film irait aux producteurs du film qu'elle tournerait après et non à moi. L'engager pour un seul film ne m'intéresse donc pas.

2-Elle n'est pas en mesure d'exiger un salaire fabuleux – du moins de l'exiger de moi...Je veux bien lui donner un pourcentage si elle estime qu'elle vaut plus que je ne crois.. Cela lui donnera ce à quoi elle pense peut-être avoir droit et, de plus tout l'argent qu'elle peut vouloir si elle redevient, et quand elle le redeviendra, la star qu'elle était après Morocco....

Cordialement à vous.

 

17 juin 1936

A Richard Boleslawski (réalisateur du Jardin d'Allah)

Cher Boley


Voudriez vous, je vous prie,dire à Marlène qu'elle prête tant d'attention à ses cheveux et qu'elle est si bien coiffée, que certaines scènes en perdent toute réalité. Ses cheveux sont toujours si bien en place (quand le vent souffle ou quand elle est sur un balcon ou quand elle marche dans les rues) qu'ils demeurent parfaitement lisses. En fait, sa coiffure est tellement impeccable qu'on dirait qu'elle porte une perruque.
Le comble du ridicule est atteint dans la scène du lit. Aucune femme au monde n'a jamais été coiffée comme l'est Marlène dans cette scène. La dite scène devient pratiquement inutilisable car, comme elle n'a pas un cheveu qui dépasse l'autre, on ne peut croire qu'il s'agit d'une femme tourmentée et inquiète.

Aujourd'hui même sur le plateau, il était d'une absurdité absolue que le coiffeur se précipite entre les prises pour remettre en place la plus petite mèche de ses cheveux, alors qu'on voit dans le fond les palmiers secoués par le vent.

Un peu de réalisme ne nuirait certainement pas à une grande beauté...

25 mai 2014

David O. Selznick Autant en emporte le vent - mémos 10

Mémo  1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9

Décembre 1939
Mlle Katharina Brown
Viens juste de terminer Autant en emporte le vent. Que Dieu nous bénisse tous, séparément et collectivement.
David.
 
 
1er février1940
A Mlle Katharina Brown
Chère Kay,
...Que nous nous chargions nous mêmes ou non de la suite d'Autant en emporte le vent, il y a une fortune à gagner en montant une opération pour que la MGM tourne le film si nous ne voulons pas le faire nous mêmes. Et il n'est littéralement rien dans nos dossiers qui soit comparable, d'un point de vue financier, à l'obtention de ces droits de suite...
Je désire vivement qu'on mette au point ce projet le plus tôt possible. Nous pourrions envisager d'en faire le prochain film de Mlle Leigh l'hiver prochain. Il faudrait pour cela nous y prendre assez tôt... Tout ce dont nous avons besoin, c'est d'un consentement...
Refus de Margaret Mitchell.
Mais David O. Selznick a de la suite dans les idées.
 
7 octobre 1941
A Mlle K. Brown
Si nous ne pouvons pas tourner une suite, je serais encore ravi de faire un film intitulé la Fille de Scarlett O'Hara avec Vivien dans le rôle de la fille... Croyez vous que nous pourrions persuader Mitchell d'écrire une telle histoire sous forme de roman, de petit roman ou de nouvelle? Elle pourrait sans aucun doute en tirer beaucoup d'argent et, bien que je ne sois pas prêt à payer ce que j'aurais donné pour une suite, je la paierais encore très cher. Pour une nouvelle, il ne serait pas nécessaire qu'il y ait toutes les péripéties dont elle parle pour un roman, et elle pourrait probablement l'écrire en quelques semaines au plus...( Nouveau refus de Margaret Mitchell)

Je me rends compte que nous avons fait mourir Bonnie Blue et je ne vois pas très bien comment Scarlett serait de nouveau enceinte. Mais Scarlett, après tout, est Scarlett et il doit y avoir d'autres hommes dans sa vie après le départ de Rhett. Peut-être pourrions nous parler d'un autre mariage après Rhett, ou peut-être même que le premier chapitre du livre et la première séquence du film pourrait concerner son quatrième mari?
Quant aux droits de remake d'Autant en emporte le vent, je ne crois pas que cela entre en ligne de compte parce que ce sera à Jeffrey et Danny (ses deux fils) de s'en préoccuper et j'espère bien qu'ils voudront se lancer dans de nouvelles aventures. Il devrait se passer des années et des années (si toutefois cela se produit) avant que quelqu'un pense a faire un remake d'Autant en emporte le vent. Imaginez, par exemple, quelqu'un se lançant dans un remake de Naissance d'une nation !! Bien que , réflexion faite, ça ne soit pas une si mauvaise idée...
   
Et puisque le cinéma c'est aussi de la musique...
 

24 mai 2014

David O. Selznick Autant en emporte le vent - mémos 9

Mémo 12, 3, 4, 5, 6, 7, 8
12 octobre 1939
A John H. Whitney
Cher Jock,
Je vais me lancer dans la bagarre sur ''Franchement, ma chère, je m'en fiche comme d'une guigne''. Puis je compter sur votre aide si nécessaire. Si je ne peux convaincre le bureau Breen d'ici à ce sujet (surtout dans la mesure où l'Oxford Dictionary indique clairement que l'usage de cette expression n'est même pas considérée comme un juron anodin, mais comme une expression familière), alors je pense que la meilleure façon de s'en sortir serait que vous avisiez Hays que vous insistez pour qu'on convoque immédiatement une réunion extraordinaire du Conseil d'administration pour statuer sur ce cas. Je doute que les directeurs de la compagnie veuillent perdre leur temps à une réunion aussi idiote que celle-ci. Si vous pouviez en contacter personnellement deux ou trois, j'imagine qu'ils diraient à Hayes de laisser tomber. Nick Schenck ne nous aiderait en rien, car il estime que cela n'a aucune importance. Mais il n'a pas eu, comme moi, l'avantage de voir les deux versions et d'apprécier la grande différence que cela fait pour la fin du film. (En confidence nous avons tourné deux versions – s'ils le savaient ils pourraient se fâcher).
Naturellement nous menons une lutte contre la montre, mais j'ai monté le négatif de telle façon que, jusqu'aux dernières semaines avant que film aille dans l'Est, nous pourrons l'introduire dans le montage. En ce moment, tout ce que je veux savoir, c'est si vous êtes avec moi, Missié, comme on dirait dans le Sud.
 
20 octobre 1939
M. Will H. Hays
Motion Picture Producers and Distrbutors of America Inc.
Cher M. Hays
Comme vous le savez probablement, la réplique qui frappe dans Autant en emporte le vent, la seule bribe de dialogue qui fixe les relations futures entre Rhett et Scarlet est :''Franchement, ma chère, je m'en fiche comme d'une guigne''.
Naturellement, je désire vivement conserver cette phrase et, à en juger d'après les réactions du public des deux avant-premières, on se souvient de ces mots, on les aime, et les millions de gens qui ont lu ce nouveau classique américain les attendent avec impatience.
Selon le code [Hays], Joe Breen est incapable de me donner la permission d'utiliser cette phrase parce qu'elle contient le mot ''fiche'', mot spécifiquement interdit par le code.
Comme vous avez pu en juger d'après mes travaux précédents sur des films tels que David Copperfield, le Petit Lord de Fauntleroy, le Marquis de Saint Evremond, j'ai toujours tenté de me conformer à l'esprit aussi bien qu'à la lettre du code des producteurs. Donc si je vous demande de revoir le cas, de regarder la séquence du film dans laquelle s'insère ce mot interdit, ce n'est pas une lubie de ma part. Une grande part de la force et la puissance dramatique d'Autant en emporte le vent, projet auquel nous avons consacré trois ans de dur travail et de dures réflexions repose sur ce mot.
Je soutiens que ce mot, tel qu'il est utilisé dans le film, n'est ni un juron ni un terme obscène. Ce qu'on eut en dire de pire, c'est que c'est une expression vulgaire, et c'est ainsi qu'on le définit dans l'Oxford English Dictionary. En vous demandant de faire une exception dans ce cas, je n'ai pas l'impression de vous demander d'employer un mot que la grande majorité des Américains et des institutions américaines trouvent réprehensible...
Comme nous allons essayer d'envoyer Autant en emporte le vent au laboratoire cette semaine, j'aimerais que vous preniez immédiatement ce problème en considération. M. Lowell Calvert, notre représentant à New York, a une copie de la scène dont je vous parle et il ne vous faudra que quelques secondes pour la voir...Cependant, vous pouvez juger possible de donner l'autorisation sans voir le film.
L'original de la phrase en question figure à la page 736 du roman et vous pouvez demander à votre secrétaire de vous le procurer.
Nous avons reçu les félicitations du public des avant-premières pour notre extrême fidélité au roman, et pratiquement le seul reproche qu'on nous ait fait, c'est l'étrange (aux yeux du public) omission de cette réplique. La fin du film en perd du punch et notre façon d'édulcorer l'intensité de cette réplique donne une impression de tricherie après trois heures et quarante minutes de fidélité, d'honnêteté scrupuleuse à l'égard de l'oeuvre Mlle Mitchell qui, comme vous le savez, est devenue une bible américaine.


 


18 mai 2014

David O. Selznick Autant en emporte le vent - mémos 8

Mémo 1, 2, 3, 4, 56, 7
7 octobre 1939
A Mlle K. Brown
Je reçois la lettre qu'Howard Dietz vous a envoyée concernant l'affiche d'Autant en emporte le vent.

Franchement je ne comprends pas que Dietz veuille mettre Gable à part... Personnellement je trouve cela stupide. L'acteur le plus intelligent du métier, Bing Crosby, a insisté tout au long de sa carrière, pour qu'il y ait une co-vedette dans ses films, même di ce n'était qu'un petit rôle, afin que le blâme ne retombe pas sur lui seul si c'était un échec. Mais qu'importe ce que je pense, nous sommes liés par des contrats. Alors disons que tout ce que l'on fera pour Gable doit également être fait pour Leigh, Howard et de Havilland. Ce n'est pas une affaire à débattre. Il n'est pas question des désirs de la MGM ou des miens : nous avons signé des contrats et s'ils croient pouvoir faire accepter un changement à Leslie Howard ou que la Warner va accepter un changement concernant Olivia de Havilland, je leur conseille d'essayer...

Cela se réduit donc à savoir si nous mettons le nom des quatre vedettes avant ou après le film sur le carton du titre et dans la publicité et quelle sera la taille des noms des quatre vedettes par rapport au titre du film.

En ce qui concerne le carton du titre..., nous avons prévu de mettre d'abord Autant en emporte le vent et d'une façon exceptionnelle. Mais, si la MGM, pour quelque étrange raison que ce soit (considérant que que Clark Gable est plus important que le film et devrait venir avant) veut bousiller notre projet de titre, je suppose qu'il me faudra en préparer un autre, notre contrat avec la MGM stipulant que le nom de Gable doit précéder Autant en emporte le vent.

Quant aux annonces publicitaires, je continue à penser que mettre les noms des quatre vedettes dans un corps qui serai supérieur à la moitié de celui utilisé pour Autant en emporte le vent serait une erreur. Erreur que l'on n'a pas commise pour Henry Walthall, Lilian Gish et Bobby Harron dans Naissance d'une nation. Que voulait-on vendre? Naissance d'une nation. Ce devrait être la même chose avec Autant en emporte le vent. Je préfèrerais que leurs noms vienne sous le titre précédé de ''avec''. Mais si la MGM insiste pour les mettre au dessus, là encore, j'imagine que je n'y pourrai rien. L'important est de s'assurer qu'on ne minimisera pas Autant en emporte le vent. Si Gable avait été la seule vedette du film, j'aurais eu la même opinion, mais comme nous devons mettre les noms de quatre vedettes, si nous essayons de composer ces noms dans des carctères dont le corps soit de soixante quinze pour cent celui du titre, nos annonces publicitaires seront un vrai fouillis et le nom des vedettes occupera plus de place sur les affiches que le titre du film.
Au cas où M. Dietz ne le saurait pas, il est également important qu'il apprenne que la MGM ne figurera pas sur les annonces publicitaires autrement qu'en tant que distributeur;;;; Et qu'après être passés par où nous en sommes passés, ma compagnie et moi, et après les investissements que nous avons faits, nous espérons fermement que nous en tirerons profit et que le film sera présenté comme un film de la Selznick International et non comme un film de la MGM.
 

17 octobre 193A M. E.J. Mannix

MGM Studios.

On m'a informé, espérons le par erreur, que vous auriez glapi parce que j'aurais, paraît-il, l'intention de faire son affaire à Victor Fleming dans le générique. J'aimerais vous entendre dire que c'était un malentendu.

J'aime à croire qu'il y aurait peu d'ennuis concernant la figuration au générique si tous les producteurs avaient, dans ce domaine, la générosité que j'exige des gens qui organisent la publicité de mes films et qui les distribuent. Je me suis toujours mis en quatre pour vanter le travail du réalisateur... Et il serait peut-être bon de d'attirer votre attention sur le fait que c'est moi, à la MGM, qui ai exigé le premier que le nom des réalisateurs figure sur un carton séparé, et que je l'ai obtenu pour mes productions.

La vérité concernant l'insertion dans le générique des autres réalisateurs est celle-ci: J'ai demandé à Vic Fleming s'il aimerait que nous insérions un carton pour faire figurer au générique tous les gens qui avaient largement contribué au film, notamment George Cukor, qui a passé deux ans à le préparer et qui a travaillé avec moi sur la plupart des décors et des costumes ainsi que durant les longs mois d'angoisse où nous cherchions à établir la distribution et dont pratiquement toutes les séquences qu'il a tournées figurent dans le film; Sam Wood, qui intervint si aimablement quand Vic tomba malade et dont beaucoup de séquences sont dans le film; Ben Hecht et Olivier Garrett si leurs contributions au scénario nous paraissent mériter une inclusion sur ce carton; les opérateurs des secondes équipes, qui ont tourné quelques plans parmi les plus beaux jamais vus à l'écran; Katharine Brown, à l'insistance et à la perspicacité de qui je dois d'avoir acheté les droits du livre... 
Ma conversation avec Vic ne dura littéralement pas trente secondes. Je lui ai demandé ce qu'il en pensait, mais je ne suis pas allé au-delà des noms de Cukor et Wood. De toute évidence et de façon incompréhensible, Vic n'aimait pas cette idée. Il m'a répondu en substance qu'il n'en voyait pas la nécessité. Immédiatement et sans discuter plus longtemps, je lui ai dit de ne plus y penser et qu'en ce qui me concernait l'affaire était close.


En vérité, je ne suis même pas sur que tous ces gens auraient aimé figurer au générique. Je sais que George [Cukor] m'a instamment demandé de ne pas citer son nom, une fois clos l'incident le concernant et heureusement, comme je l'avais prévu en insistant pour qu'il tourne The Women, il en est sorti plutôt grandi...

Quant à Sam Wood, ce n'était pas la première fois qu'il intervenait dans un film en cas de pépin. D'autres en avait fait autant pour lui et je suis donc certain qu'il ne s'attendait à rien... Ce que je regrette ce n'est pas tellement d'avoir été mal compris, parce que cela semble être une caractéristique d'Hollywood, mais c'est que cela prouve de facçon évidente et décevante que l'on me connaît mal.

Autant en emporte le vent fera grand honneur à Vic Fleming. Je le lui ai dit au temps où nous le persuadions de le réaliser et durant tous les mois où il doutait, pour ne pas dire plus, du résultat de mes travaux et des siens, pas très sur que cela lui donnerait une place plus éminente dans le métier qu'avant...

Franchement Eddie, je n'aime pas qu'on se mêle de affaires de ma compagnie et mes réactions sont bien plus vives encore quand je dois en déduire que Vic Fleming a besoin de quelqu'un pour le protéger contre moi...

17 mai 2014

David O. Selznick Autant en emporte le vent - mémos 7

Mémo 1, 2, 3, 4, 5, 6
25 mars 1939
A Will Price
J'ai parlé à M. Gable l'autre jour de son accent et je lui ai dit que je n'avais pas l'impression que nous avions réussi jusqu'à présent à lui faire prononcer certains mots correctement. J'ai donc insisté pour qu'il aille un peu plus loin dans ce sens, sans adopter pour autant l'accent trop marqué que M. cukor lui avait fait prendre dans les premières scènes et semblait faux venant de M. Gable; Je lui ai également signalé, à lui et M. Howard, que l'accent pris par Leslie Howard dans la scène de la salle à manger était parfait à mon avis.
Malheureusement, il n'a pas réussi à le garder dans les scènes suivantes...
 
29 mars 1939
A M. R. Klune
Bien que nous comprenions tous très bien le désir de M. Fleming de tourner en continuité, j'aimerais que vous voyez avec lui si nous ne pourrions pas surseoir à certaines scènes tant que que nous disposons de Gable, Howard et Mlle de Havilland. Il est ridicule de filmer des scènes comme celles de l'hôpital, alors que Gable et Howard émargent au budget sans rien faire. Nous devons de plus, en finir avec Leslie Howard pour pouvoir commencer Intermezzo et nous pouvons nous heurter à des difficultés en gardant Mle de Havilland...
 
3 avril 1939
A M. Lambert
J'ai parlé aujourd'hui à Walter Plunkett des costumes de Gable. Je trouve qu'il n' y a aucune raison pour qu'ils lui aillent si mal, qu'ils godillent autour du cou... Je trouve très décevant que l'élégant Rhett Butler doive se balader avec des vêtements qui semblent avoir été achetés chez un fripier de l'époque et qu'il ait l'air de les porter en sortant du magasin.
Je n'ai pas cesser de demander que tous les vêtements soient suffisamment vieillis et usés pour donner l'impression qu'ils ont été portés et non de sortir tout droit de chez le tailleur. Mais de cela on n'a pas tenu compte non plus.
Pour en revenir à la façon dont Gable est habillé, s'il est naturellement guindé dans ses vêtements quand il est à la vente de charité, j'aimerais attirer votre attention sur le fait que son maintien doit être tout à fait
différent quand il se sent détendu. En particulier, comme il doit se pencher souvent, étant donné la différence de taille entre Mlle Leigh et lui, on aurait pu, avec un peu d'imagination se demander comment ses vêtements suivraient ses gestes, au lieu de considérer comme allant de soi qu'il resterait raide comme un balai dans toutes les scènes.
Ses cols ne devraient pas non plus être serrés au point de lui donner l'air d'être trop gros. L'astuce, pour un homme qui a le cou fort, astuce que devrait connaître n'importe quel costumier, consiste à faire les cols un peu larges afin qu'ils ne lui étranglent pas le cou et ne lui donnent pas l'air boudiné. Regardez les cols que porte Gable dans la vie et voyez comme ils lui vont bien, puis comparez-les aux nôtres. En fait , regardez comme il a l'air à l'aise dans ses propres vêtements, comme ils lui vont bien, comme ils sont bien coupés et coquets et comparez-les avec l'horrible travail que nous avons fait dans ce domaine.
 
10 avril 1939
A M. Lambert
J'ai tenu à aller au fond du beau gâchis que nous avons fait des vêtements de Gable et j'ai été surpris de découvrir pourquoi Gable avait l'air tellement plus moche dans les vêtements que nous lui avons fait porter jusqu'ici que dans tous les films à costumes qu'il avait tournés. C'est parce qu'on lui avait dit, quand il était venu ici pour la première fois, qu'il pouvait avoir tous les tailleurs qu'il voulait. Sauf Schmidt. Schmidt ayant été le tailleur de Gable durant toute sa carrière, depuis le temps où il était un acteur inconnu jusqu'au moment où il est devenu la plus grande vedette mondiale, c'était un ordre idiot. Cela a conduit Gable à une attitude je-m'en-foutiste: il ne s'est plus soucié de ses vêtements alors que d'ordinaire il s'en occupe sérieusement, fait faire des croquis, travaille dessus.
J'aimerais en premier lieu, savoir pourquoi on a écarté le seul tailleur qui aurait du habiller Gable. Quant à l'avenir, et avec l'esprit qu'on fera un travail correct avec lui et qu'on ne répétera pas les erreurs du passé, j'espère que vous vous assiérez avec Gable, que vous déterminerez exactement comment il travaillait dans le passé et que vous lui assurerez que c'est ainsi qu'il travaillera désormais sur ses costumes.
Les vêtements dont je me suis plains précédemment sont des chefs-d'oeuvre de coupe, comparés aux horribles costumes que je lui ai vu essayer samedi. Encore un tas de vêtements mal coupés et peu seyants que je n'ai jamais vu porter à un ouvrier et encore moins à une vedette...
 
14 avril 1939
A MM. Ginsberg et O'Shea
Il est possible que nous ayons bientôt un sérieux ennui à affronter auquel nous devrions à mon sens nous préparer si nous ne voulons pas nous trouver devant l'éventualité d'arrêter de nouveau la production...
Je craignais depuis un certain temps que Fleming ne soit capable de terminer le film en raison de sa condition physique. Il m'a dit franchement hier qu'il croyait qu'il allait devoir demander d'être libéré immédiatement, mais il a parlé à son médecin qui lui a dit qu'il pourrait continuer. Cependant il est si près de craquer, physiquement et psychiquement, par pur et simple épuisement que ce serait, à mon avis, un miracle s'il était capable de tourner encore pendant sept ou huit semaines... Je crois que nous devrions choisir dès maintenant quelqu'un susceptible de remplacer Fleming et le familiariser avec tous les matériaux pour qu'il puisse intervenir au pied levé.
Le 26 avril, Fleming s'écroula et disparut pendant quinze jours. Sam Wood le remplaça et continua à tourner certains plans après le retour de Fleming pour terminer le film au plus vite.
 
14 avril 1939
Chérie[Irene Selznick]
Mon seul désir serait d'être avec toi quelque part, débarassé du besoin d'argent, des habitudes de travail, des espoirs stupides qui m'ont poussé pendant des années à aller de l'avant. Peut-être (oh comme je l'espère) pourrons nous établir un programme: des mois, huit ou dix, de dur labeur et de dépense d'énergie pour être libre financièrement, puis un endroit où il n'y a ni... Cover Club (à l'époque célèbre club de jeu à Hollywood), ni synopsis...
Je ne pense plus que mon destin soit des millions et le commandement. J'espère que cela ne l'est pas (comme si l'espoir n'était pas gratuit!) Du diable si je sais vraiment quel est l'espoir de rechange.
 
27 mai 1939
A M. Leslie Howard
Cher Leslie,
Je vous envoie ci-joint un exemplaire de ce livre que vous devriez trouver le temps de lire un jour, appelé Autant en emporte le vent. Je pense que ce roman a un grand avenir et pourrait faire un très bon film.
Sérieusement, vous devez vous souvenir que vous m'aviez formellement promis, non seulement de prendre connaissance des arrière-plans de la scène du pré, mais aussi de lire les pages du livre dont elle était tirée, afin d'en saisir la véritable portée et de comprendre le portrait général d'Ashley qui se dégage de ces pages. Vous n'aurez pas à lire grand-chose, seulement de la page 374 à la page 381 incluse.
Promis?
Je vérifierai.
 
27 juin 1939
A M. John H. Whitney
Faites retentir la sirène. Scarlett O'Hara en a fini aujourd'hui à midi. Gable termine ce soir ou demain matin. Nous tournerons jusqu'à vendredi avec les petits rôles et les figurants. Je m'en vais vendredi soir et vous pouvez tous aller au diable. Nous essayons de garder secrète l'arrivée de Vivien à New York jeudi.

11 mai 2014

David O. Selznick Autant en emporte le vent - mémos 6

Mémo 1, 2, 3, 4, 5
13 février 1939
A John H. Whitney
Ce qui suit est rendu public immédiatement:
George Cukor et David O. Selznick ont publié conjointement hier soir la déclaration suivante:
''En conséquence d'une série de désaccords entre nous sur nombre de scènes d'Autant en emporte le vent, nous avons décidé que la seule solution était de choisir le plus tôt possible un nouveau réalisateur''. Selznick a ajouté :''Le départ de M. Cukor... est l'incident le plus regrettable de ma carrière déjà assez longue de producteur, d'autant plus que je considère M. Cukor comme un des meilleurs réalisateurs auquel la profession ait jamais eu la chance de prétendre. Mon seul espoir est que nous ayons la chance de pouvoir le remplacer par un homme aux talents comparables...''
 
Les réalisateurs qui furent considérés comme ''possibles'' furent Robert Z. Leonard, Jack Conway, King Vidor et Victor Fleming. Le lendemain du départ de Cukor, Victor Fleming, ami intime de Gable, dut abandonner ''le Magicien d'Oz qui était presque terminé pour signer un contrat pour la réalisation d'Autant en emporte le vent.
      
20 février 1939
A R.A Klune

Nous reprendrons le tournage lundi. Je vous prie de vous mettre d'accord immédiatement avec M. Fleming sur la première séquence.
 
   
21 février 1939
A Mme Rabwin
Je vous en prie, voyez M. Fleming qui, je l'ai découvert avec plaisir, est encore plus sensible que moi à la question des bustiers et demandez lui s'il veut bien s'en occuper personnellement. Auquel cas, envoyez lui la femme dont Mme Selznick nous a parlé et organisez une réunion avec elle, Mlle Leigh et M. Fleming. Mais j'ai tellement harcelé la pauvre Vivien à ce propos, que j'aimerais que vous expliquiez à Victor que je préfèrerais qu'à partir de maintenant il devienne le seul coupable. Dites lui que si elle n'est pas aussi bien qu'Alice Faye dans ce domaine, je considèrerai qu'il a gâché sa vie. Je vous en prie, tenez moi au courant.
(La question se posait pour  le bustier et donc le décolleté de la robe de bal de Scarlett.)
 
Mais pourquoi G. Cukor a-t-il été viré?
Les circonstances exactes dans lesquelles se passa le renvoi de Cukor ne figurent malheureusement dans aucun des dossiers de Selznick. Peut-être n'y fit-on aucune référence par écrit à l'époque? Ou bien, on peut concevoir que toute la correspondance relative à l'incident fut jugée, pour diverses raisons, d'un caractère hautement confidentiel que tous les exemplaires en furent détruits.
En 1947, Lloyd Shearer du New York Times Magazine cita Selznick en ces termes: ''Nous [Cukor et lui-même] ne pouvions rien voir du même oeil. Je me rendis compte que si Cukor était véritablement imbattable pour réaliser les scènes intimistes de l'histoire de Scarlett O. Hara, il ne comprenait pas la force, l'ampleur, le souffle du film.''
Les suppositions que l'on fit à l'époque portaient surtout sur le mécontentement de la MGM concernant la vitesse à laquelle étaient tournées les scènes, Cukor s'opposant aux différentes modifications du scénario, les changements apportés par Selznick arrivant dix fois par jour sur le plateau, et Clark Gable se montrant agacé par la façon qu'aurait eu Cukor de se préoccuper des personnages interprétés par Vivien Leigh et Olivia de Haviland et de les traiter avec une délicatesse exagérée.
D'après ce qu'en cite Gwen Robbins, Cukor aurait affirmé :''il est stupide de dire que je prêtais trop d'attention à Vivien et Olivia. C'est le texte qui indique sur quoi on doit mettre l'accent et non le réalisateur. Clark Gable ne devait pas avoir une grande confiance en lui-même comme acteur, bien qu'il fut une grande personnalité du cinéma, et peut-être croyait-il que je ne m'en rendais pas compte.. Après toutes ces années, je pense que pour Selznick, Autant en emporte le vent était la grande oeuvre de sa carrière. Toute cette affaire le mettait dans un état d'extrême nervosité... Ce fut une grande et difficile épreuve pour lui, mais aussi sa perte. Il fit des choses qu'il n'avait jamais faites auparavant. Pour la première fois il voulut venir sur le plateau pour me regarder réaliser des scènes que nous avions mises au point ensemble. C'était épuisant pour les nerfs.
Vivien Leigh, dans sa correspondance de l'époque avec son mari, Leigh Holman, dit que ''Cukor était un homme très intelligent et doué d'imagination et il semblait comprendre parfaitement le sujet.'' Après le départ de Cukor elle écrivit :''Il était mon dernier espoir de jamais aimer ce film.''
Une autre raison pourrait expliquer en partie le renvoi de George Cukor. Elle viendrait aussi de Clark Gable qui ne supportait pas de côtoyer un homosexuel notoire qui fréquentait les milieux gays d'Hollywood et qui donc savait inévitablement que l'acteur avait dû coucher avec des producteurs homosexuels pour décrocher des petits rôles au début de sa carrière.
Ce sont bien évidemment les mauvaises langues qui colportent ces histoires. Mais je revendique cette qualité et puis après tout ''nobody is perfect...''